La Saint Louisienne, ouvert en 2023 par un couple originaire du Sénégal, incarne une cuisine « afro-péenne » qui fait vibrer l’héritage sénégalais dans un écrin contemporain. Retour sur une aventure culinaire portée par la passion, la mémoire et la modernité.
Dans le quartier d’affaires lyonnais de la Part Dieu, un restaurant « casse les codes » et fait résonner les saveurs de l’Afrique de l’Ouest avec audace et élégance. La Saint Louisienne, fondée par Awa et Jules, se distingue par une cuisine qualifiée d’« afro-péenne ». Un subtil métissage entre l’héritage culinaire sénégalais et le savoir-faire gastronomique français. Son nom incarne l’univers singulier de ses fondateurs, profondément enraciné dans leurs origines.
La Saint Louisienne : un projet né d’un vide, porté par une vision
La Saint Louisienne, ce n’est pas qu’un restaurant. C’est toute une histoire.
Tout commence par un manque. « En cherchant un restaurant digne de ce nom pour retrouver les plats de maman, je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas vraiment de restaurant sénégalais développé à Lyon », raconte Jules, arrivé en France en tant qu’étudiant. Il découvre une scène gastronomique riche, mais peu représentative des cuisines ouest-africaines. Cette frustration devient un déclic, un moteur pour créer.
Avec son épouse et associée, Awa, il imagine un lieu fidèle à leurs racines, capable de faire rayonner la richesse culinaire du Sénégal. Le nom du restaurant n’a rien d’anodin : La Saint Louisienne rend hommage à Saint-Louis, ville au nord du Sénégal classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Une cité emblématique, considérée comme le berceau du thiéboudiène, le plat national sénégalais. « C’est la référence gastronomique au Sénégal », insiste Jules.
Avant d’ouvrir ses portes, en 2019, le projet a connu une phase d’expérimentation. Puis la pandémie de Covid ralentit, sans freiner, l’élan. « Pendant cette période, Awa est allée au Sénégal pour s’inspirer et retravailler la carte », poursuit-il. Ce séjour marquera un tournant. Entre rencontres, immersion et redécouverte des recettes, le projet prend corps. Et l’aventure peut enfin commencer.
Une cheffe à la croisée des cultures
Formée à l’Institut Paul Bocuse, Awa apporte à La Saint Louisienne une rigueur technique héritée de la gastronomie française, qu’elle marie avec finesse à ses souvenirs d’enfance et à sa double culture franco-sénégalaise.
« La cuisine que nous proposons est une cuisine d’inspiration, fondée sur le partage et le métissage entre la gastronomie sénégalaise et la cuisine française », explique-t-elle.
Ici, les classiques sont réinventés avec audace. Le tartare, par exemple, devient « tartare mangue, banane plantain, crevettes croustillant à la noix de coco ». Une création qui surprend, sans jamais désorienter. « J’aime imaginer des plats qui provoquent un effet waouh, qui suscitent de l’émotion. Pour moi, la cuisine, c’est d’abord partager un moment agréable, une sensation. »
La carte, en constante évolution, reflète cette volonté de renouvellement permanent. Un choix assumé pour répondre à une clientèle exigeante, souvent professionnelle, et fidèle. « Nous avons beaucoup de clients réguliers. L’idée, c’est de leur faire découvrir sans cesse de nouvelles saveurs, tout en garantissant une expérience de qualité », souligne Awa.
Une cuisine « afro-péenne », entre conscience et immersion
À La Saint Louisienne, le terme « afro-péen » n’est pas un simple label : il incarne une démarche. Celle du croisement des influences, de l’élégance dans l’assiette, de la précision des cuissons, mais aussi de l’engagement dans le sourcing. Produits frais, locaux, de saison : ici, on cuisine avec l’ambition de « faire manger sain et conscient ».
L’expérience se veut immersive, un véritable voyage dans les saveurs du pays de la Teranga, teinté de créativité. Exemple emblématique : le « Yassa Bowl », réinterprétation contemporaine d’un plat traditionnel sénégalais. Chaque assiette mêle textures, souvenirs, héritages et gestes transmis puis transformés. « Nous voulons créer des moments uniques, où la gastronomie et le partage sont au cœur de notre univers », résume Awa.
Autre exemple, les « vermicelles à la sénégalaise, servis avec un confit d’oignons et des brochettes de poulet » : un plat ancré dans la tradition, mais revisité avec finesse.
La Saint Louisienne : manifeste pour une Afrique culinaire moderne
À La Saint Louisienne, la cuisine se fait déclaration. Le restaurant revendique un héritage noble, tout en l’inscrivant dans la modernité.
« Nous voulons valoriser la gastronomie africaine en y apportant une touche de modernité. Notre identité culinaire est inédite et créative », affirment les fondateurs.
Plus qu’un lieu où l’on mange, La Saint Louisienne incarne une vision : celle d’une Afrique culinaire contemporaine, élégante, innovante, consciente de sa richesse et de son potentiel. Une Afrique qui s’assume par le goût, l’esthétique et le métissage.
« L’idée est de sortir des clichés autour de l’Afrique et de sa gastronomie, et d’imposer une réelle touche d’élégance », soulignent-ils.
Cette ambition se traduit dans chaque détail, jusqu’à la carte des mocktails, conçue comme une extension raffinée de l’expérience. Le registre sucré n’est pas en reste : crème brûlée coco, tarte tatin pomme-mangue, ou encore choco-coco, autant de créations qui réinterprètent les classiques avec audace.
« Je préfère que ce soient mes plats qui parlent pour moi », confie simplement Awa. Et dans ce langage-là, chaque assiette devient un manifeste.


