« Les cuisines africaines » sont l’affairage* du moment. Tous les médias sont dans la sauce*. Le sujet a été posé depuis une décennie. La presse française s’est emparée du mouvement naissant. Déjà en 2015, dans les colonnes du Monde Afrique, un article questionne ce courant gastronomique: « La cuisine africaine, nouvelle tendance ? ». Cette impulsion, Konbini, le média en ligne français, l’a appuyée à nouveau par un article en 2020 titré « Pourquoi la gastronomie afro sera la prochaine à exploser à Paris (et ailleurs) ». Le site web, Le Filtre, a même désigné 2023 comme « L’année de la cuisine afro ». Et ce ne sont pas les seuls médias. Le bruit de couloir semble enfler. Et pas que dans la presse.
Du tradi à la cuisine gastronomique
Sur le terrain, « les cuisines africaines » prennent place par une diversification dans l’offre de la restauration. A la cuisine traditionnelle africaine déjà un peu présente dans les grandes villes en France s’ajoute de nouveaux genres. Cuisine fusion, gastronomie, cuisine moderne contemporaine, métissée comme au restaurant Table Penja dans le VIIe arrondissement parisien. Ou de la cuisine afro caribéenne, soul food ou afro vegan chez Jah Jah By Le Tricycle dans le Xe. Chacun y va de sa créativité et par son histoire. Certains courants apparaissent comme la cuisine afro descendante du restaurant Mama Kossa. Ainsi que d’autres types de cuisine aux influences afro. Chez BMK Paris Bamako, le choix a été d’adapter « les cuisines africaines » aux palais occidentaux.
Dans cette multitude de choix, une chose est sûre, « les cuisines africaines » sont mise au goût du jour. Ça ne ment pas*. Car elle semble vouloir ressembler à la diversité présente dans l’hexagone et au-delà.
Une large gamme de restaurants
Cantines, bistronomies, foodtrucks, tables gastronomiques, tous les types d’établissements sont présents depuis quelques années sur le segment des « cuisines africaines ». Même des chaines de fast food spécialisées dans « les cuisines africaines » émergent un peu partout en France à l’instar d’Afrik’N’Fusion. Il y en a pour toutes les bourses.
Cette représentativité est possible car les porte-étendards de celle-ci sont bien calés*, vent debout. Le travail d’anciens chefs déjà présents sur la scène culinaire et la jeune garde de chefs prometteurs ou d’entrepreneurs souvent d’origine africaine, éveillent les papilles occidentales par leurs grains de pili pili*. Fer de lance de cette nouvelle dynamique en France, le chef Mory Sacko, étoilé en 2021.
Un écosystème autour des « cuisines africaines »
Aujourd’hui, « les cuisines africaines » se montrent inventive et novatrice. Elle importe des mets du continent ou des diasporas pour en faire des concepts. A l’instar d’un incontournable de la street food africaine, les Coupés-Coupés*, appelés ainsi au Gabon, et qui est basé à Lyon. Cette viande de bœuf fumée se trouve sur les étals de cuisine de rue dans de nombreux pays africains.
Tout un écosystème se développe autour des saveurs du continent africain. Des ateliers de cuisine axés autour des produits consommés en Afrique voient le jour.
De plus en plus de livres de cuisine, en lien avec le continent sont édités. La cheffe Julie Kassa Mapssi connue sous le pseudo PopoLovesCooking sur les réseaux sociaux, propose des voyages culinaires par ses ouvrages dont le dernier, Wake Up Africa !.
Les magazines féminins et de cuisine du paysage de la presse française étoffent également leurs rubriques par des recettes d’origine africaine.
Séduire avec les saveurs du continent africain
La tendance est bien lancée. Et elle s’appuie sur une multitude d’événements à une échelle bien plus grande. Des rencontres dédiées aux cuisines africaines s’ancrent dans les agendas en France et dans d’autres pays occidentaux comme La rencontre des cuisines africaines ou L’Arche culinaire Africaine. Des stands food aux accents d’Afrique comme au Ground Africa à Paris, sont de plus en plus présents. Et l’épicerie fine en lien avec le terroir et les produits africains n’est pas en reste. Baraka ou Soré à Paris sont des exemples parmi tant d’autres qui illustrent le phénomène. Tout semble bon pour mieux faire connaître la gastronomie africaine. Et la débarrasser des carcans qui l’ont empêché depuis temps d’évoluer. Pour cela, tout un travail autour des codes occidentaux de la restauration, du marketing des produits, du packaging est mis en place pour séduire la scène culinaire occidentale.
« La gastronomie afro en est encore à un stade embryonnaire »
En 2025, « les cuisines africaines » tentent de se révéler au monde car il y a un marché à prendre dans lequel y a jeton dedans*. Même l’entreprise Picard Surgelés, spécialisé dans le commerce de détail de produits alimentaires surgelés, s’est saisi du phénomène.
L’engagement d’exporter « les cuisines africaines » à l’international est là ainsi que l’émulation. Mais cela ne semble pas si simple. En juillet 2015, dans les lignes du Monde Afrique, le chef ivoirien, Loïc Dablé, précisait que « la gastronomie afro en est encore à un stade embryonnaire. Nous devons continuer à monter des concepts intelligents, vrais et authentiques pour que cela fonctionne. Je pense que dans vingt ou trente ans, on arrivera à se situer au même niveau que la cuisine asiatique en France » a-t-il projeté. « On ne peut pas labourer, semer, récolter et manger le même jour » dit si bien un proverbe africain.


