Doyen dans la restauration africaine, le Waly-Fay s’est imposé dans le panorama parisien dès la fin du XXe siècle. Surfant sur le créneau des cuisines traditionnelles d’Afrique, il s’est construit avec peu et a su rassembler pour partager sa cuisine et son identité. Quelle est la recette du succès du Waly-Fay ?
Niché au cœur du XIe arrondissement, dans le quartier Roquette, non loin des enseignes comme La Belle Equipe, le Waly-Fay est là. Calé*!
Au 6 rue Godrefroy Cavaignac, les effluves de ndolé, de mafé et d’épices africaines embaument la perpendiculaire à la rue de Charonne. C’est là qu’Olivier Thimothée, le propriétaire du Waly-Fay, a décidé de bâtir son institution. Le Waly-Fay. Cela fait 25 ans que ce restaurant s’impose dans le paysage de la restauration africaine en plein cœur de Paris.
Un restaurant africain parisien comme lui
« Je fantasmais d’avoir un lieu comme celui-là. Un espace qui me ressemblerait vraiment et qui rassemblerait. Un endroit qui serait à moi et qui serait en plus, mon lieu de travail. Un lieu dans lequel il s’y passerait ce que j’ai envie qu’il s’y passe ». C’est dans cet esprit que le fondateur des lieux, Olivier Thimothée, a décidé de lancer son aventure entrepreneuriale et culinaire.
Précurseur dans le domaine et dans le quartier, il a fait du Waly-Fay, l’une des “Place to be” où cuisine traditionnelle d’Afrique côtoie le bon vivre de la rive droite.
Impossible de manquer l’établissement peint en vert bouteille avec une façade vitrée au carrelage style métro que tient le métis. D’un père martiniquais et d’une mère algérienne, il a appris le métier de manière classique avec tous les codes bourgeois de la restauration occidentale et internationale. Notamment au China Club, le fameux bar parisien du XIIe arrondissement. Là où il a fait la connaissance d’une amie ivoirienne, une « vraie titi parisienne » comme il aime l’appeler. Cette rencontre lui fait découvrir tout un pan de la culture culinaire africaine en lien évidemment avec ses origines martiniquaises. « Avec elle, c’était le retour aux sources. On allait aux maquis* africains du quartier d’Avron » , raconte-t-il. C’est comme ça qu’à la place d’une ancienne fabrique de jouets en lambeaux, est né le Waly-Fay, en 1997. Le lieu est choco* !
Un lieu de vie et de fête
« Ce mec des années 70 » comme il aime se décrire, a côtoyé des personnes de différents milieux sociaux et des lieux très hétéroclites. « On s’est dit qu’à Paris, il manquait un restaurant africain qui soit un restaurant parisien, urbain, un peu branché comme nous, nous l’étions » explique le Yêre*. C’est de ce constat que le rêve d’un restaurant prend forme à la force de la débrouille et des moyens du bord à la fin des années 90. C’était quelque chose hein*.
« Jeunes, fous et sans argent à cette époque », lui et ses associés se sont lancés dans ce projet. Avec de l’huile de coude, brique après brique, c’est dans une belle architecture fin XIXe siècle de style industriel, que le Waly-Fay, a ouvert dans son plus simple appareil. « On n’avait même pas le gaz de ville. On a vraiment fait comme au bled » lâche-t-il en souriant. Mais avec les codes occidentaux comme l’a toujours voulu le gérant du lieu. Cette adresse de caractère au concept original à l’époque « a vachement plu. Surtout à la presse » lâche le patron de l’établissement. Cela a lancé le Waly-Fay. Selon le maître des lieux né dans le XIIe arrondissement parisien, le bouche-à-oreille a fait son travail et la clientèle du quartier a également aidé.
Très vite, la sauce a pris pour le restaurant parisien spécialisé dans les cuisines d’Afrique de l’Ouest. Et elle a attiré du monde de tous horizons. Colette comme Les Rita Mitsouko s’y sont attablés. « Des gens venaient se perdre ici dès le début, raconte Olivier Thimothée. En dehors de tout préjugés qu’on peut avoir sur la nourriture africaine, il y a plein de gens qui viennent ici sans savoir que c’est un restaurant africain. Ils viennent vraiment pour l’ambiance, le lieu, la musique. En fait, le Waly-Fay est presque un endroit de fête le soir ».
Du melting-pot au Waly-Fay
Cette tradition culinaire africaine, le Waly-Fay, la porte sur le versant Nord du XIe arrondissement parisien. Ce mix entre le maquis africain et le China Club, le gros restaurant classique parisien qu’Olivier Thimothée a connu, a fait éclore le Waly-Fay.
Le restaurant africain parisien du quartier de Bastille est perçu comme un lieu très convivial avec une mixité de population, un brassage ethnique et culturel venant de partout. Au point où « on se croirait à New-York me disait un habitué » raconte le restaurateur. Même la presse étrangère s’est emparée du lieu.
Pour lui, de plus en plus de personnes cherchent à s’éduquer, à sortir des préjugés. Et par la même, ils viennent dans ce genre de restaurant atypique. « Ils se contentent de cette différence. Et ils sont contents de découvrir cette différence » , explique-t-il.
Une chose est sûre, le Waly-Fay semble être plus qu’un restaurant africain parisien. Les clients n’y viennent pas que pour tchop* mais également pour éprouver la mixité sociale. Le Waly-Fay est le lieu de tous les rêves, de tous les possibles et surtout pour tous, semble-t-il. Sans aucun doute, le Waly-Fay est aussi doux qu’Abidjan*.


